05.05.2009
Un objet virtuel

Ce que nous appelons distraitement "moi" ou "je" dans l'état de veille n'est en réalité qu'une construction mentale demeurant constamment en retrait des "objets" perçus ; mais c'est encore une image, quelque chose qui est perçu, même si cette chose demeure habituellement en arrière-plan de notre fonctionnement de l'état de veille. Tel un fantôme, ce "moi" ne survit que dans la pénombre, car dès qu'on tente de le cerner, il s'évanouit. C'est justement pour en préserver la survie virtuelle que nous glissons constamment sur lui et sur tous les objets sans jamais nous arrêter, car dès que le regard se pose, cette image s'avère non seulement inutile, mais inexistante.
Ce moi est une fable, quelque chose que nous avons accumulé et que nous tentons désespérément de défendre ; nous dépensons même une énergie colossale pour sauvegarder cette chose que nous prétendons être, mais qui n'existe pas, sauf dans notre imaginaire timoré.
"Au moment de la sensation, l'ignorant conçoit un moi face à un objet qu'il désire ou repousse et cette méprise le livre au désir, lequel l'embourbe davantage dans l'erreur." Samyuttanikaya.
Bref, ce "moi", ce "je" auquel les dormeurs de l'état de veille sont identifiés durant presque toute leur vie, n'est pas le sujet conscient ; il est un objet, un objet virtuel de surcroît.
Jean Bouchart d'Orval
07:47 Publié dans Eclats de vision | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note





Ecrire un commentaire